Quelques années après l’explosion du MOBA une nouvelle tendance fait surface. Ces derniers mois, les joueurs ont vu fleurir sur leurs PC et consoles un nouveau genre de jeu : la Battle Royale. Deux mastodontes tentent de se tailler le bout de gras. D’un côté Playerunnknown’s Battlegrounds (PUBG) de l’autre Fortnite. Le premier, bien que subissant une baisse drastique du nombre de joueurs, peut se venter d’avoir vendu plus de 40 millions d’exemplaires tandis que le deuxième culmine à plus de 125 millions de joueurs et récolte près de 300 millions de dollars par mois. Face à ces chiffres exorbitants, la concurrence tente par tous les moyens de se faire une place sur le marché et promet prolonger la mode qu’est devenue la Battle Royale.

Cette mode semble récente pourtant ses origines sont plus anciennes. Pendant l’Antiquité, il n’était pas rare de voir s’affronter plusieurs gladiateurs dans la même arène ayant pour objectif d’être le dernier debout. Le terme « Battle Royal » apparaît en Angleterre.

Au XVIIIe siècle, les boxeurs pouvaient s’affronter dans un combat où il n’y avait qu’un seul vainqueur Plus tôt, certaines sources font échos de combats d’esclaves aux Etats-Unis suivant ces mêmes règles. A la fin du XVIIIe, les combats de « Free for all melee » jugés trop violent et bestiaux tombent en désuétude. Ces règles seront reprise plus tard dans certains matchs de catch.

En 1999 sort au Japon Battle Royale,  un roman de Kōshun Takami, porté sur grand écran l’année suivante par Kinji Fukasaku. L’histoire place le lecteur dans un Japon dystopique où la délinquance augmente considérablement.  Afin d’endiguer le phénomène,  le gouvernement met en place la loi « Battle Royale» permettant aux forces armées de sélectionner des adolescents et de les pousser à s’entre-tuer sur une île. Une seule personne doit survivr

e. En Occident et plus récemment, c’est Hunger Games qui se veut le premier du genre, pourtant The Running Man, The Long Walk deux romans de  Stephen King et Le prix du danger une nouvelle de Robert Sheckley datant de 1958 posaient déjà les prémices du genres.

Bien que des modes de jeux « last man standing » ont fait leur apparition assez tôt dans l’évolution du Jeu-Vidéo (Bomberman, Destruction Derby), il est commun d’accorder la paternité du genre à ARMA II et plus particulièrement son mod DayZ : Battle Royale. Brendan Greene, Playerunknown de son pseudo, souhaite réaliser un mod avec le moteur d’ARMA III reprenant le principe de DayZ en enlevant les zombies et en reprenant les règles de la Battle Royale. Au même moment, Sony peine à susciter l’intérêt autour d’un de ses projets : H1Z1,une copie de DayZ. La firme décide d’engager Brendan Greene pour développer un nouveau mode de jeu : « King of the Kill » qui aura un énorme succès.
ARMA, le jeu par lequel tout a commencé est un jeu réputé pour son réalisme et la tournure trop accessible que prenait King of the Kill ne plaisait pas à Greene qui se fit embaucher chez le coréen Bluehole. La société coréenne l’aida à développer son jeu, PUBG qui sortira, en accès anticipé, en mars 2017. En moins d’un an, le jeu s’était déjà écoulé à plus de 20 millions d’exemplaires.

Ce chiffre poussa la concurrence à se tourner vers la Battle Royale. Parmi tous, c’est le studio Epic qui sortira du lot en ajoutant un mode Battle Royale à son jeu, le désormais célèbre Fortnite. Ce mode gratuit permettra à Epic Studio de sortir la tête de l’eau après s’être embourbé dans le développement du jeu, au bord de l’annulation.

Plusieurs caractéristiques de gameplay / features permettent d’expliquer le succès dernier du genre.
De par son inspiration, le jeu permet d’accompagner le joueur vers la victoire avec un minimum de frustration. Ici, pas de points, de frags, ni de drapeaux. Il suffit juste de rester en vie. Tant que le joueur n’est pas mort, il peut se considérer comme un potentiel gagnant, tant qu’il joue, il gagne ! Le meilleur moyen de progresser dans ce jeu est d’enchaîner les parties, améliorer ses propres compétences. Ce qui rend la victoire d’autant plus valorisante, il est le survivant. Paradoxalement, le Game Over est inévitable, le rendant à la fois tragique et en même temps terriblement banal. Chaque joueur recommence donc une partie de zéro où la partie d’avant ne compte pas, pas de points d’expérience, pas d’armes, tout le monde démarre sur un pied d’égalité.
Seuls comptent les choix réalisés pendant le match, le choix de la bonne arme, le choix du bon lieu à explorer. Une tension permanente s’exerce sur le joueur, fait-il le bon choix ? Est-ce que cette erreur stratégique le fera perdre ? Une grande liberté de stratégie est offerte aux joueurs.
Cette tension, ponctuée par des moments plus calmes, surtout en fin de partie, est particulièrement adaptée au stream. Les records du nombres de spectateurs s’enchaînent grâce a cet engouement pour le genre, faisant rentrer les codes propres au jeu dans la culture populaire. Face à cette popularité folle, la Battle Royale a fait son entrée dans le monde de l’eSport avec, comme porte étendard, PUBG tandis qu’Epic Games prévoit d’y investir 100 millions de dollars.

Malgré un marché saturé, de nombreux jeux continuent de sortir ou adaptent un mode Battle Royale (Call of Duty, par exemple). En effet, le genre permet de mettre en œuvre toutes les idées possibles (Last Man sitting) et de mêler les différents genres (RPG, MOBA…) chaque éditeur voulant faire la différence en innovant seulement sur certains points du gameplay.

Avis de joueurs :

Pour Alexandre, la Battle Royale est plus particulièrement Fortnite lui « permet de pouvoir jouer à un jeu rapidement, sans devoir [s]’y investir pleinement et [lui] prendre trop de temps ». Le jeune étudiant en médecine d’une vingtaine d’année passe une heure par soirée sur le jeu entre deux moment de révision. Ce qu’il apprécie particulièrement c’est l’instantanéité des parties, pas besoin de préparer l’équipement de son personnage ni de passer du temps à gagner de l’expérience en jeu. « Une des choses qui me plait le plus, c’est de pouvoir y jouer à la fois sur mon PC et sur mon mobile »
« D’jef » lui préfère le réalisme d’un PUBG, les constructions à la Minecraft ce n’est pas pour lui. Ce trentenaire avoue trouver un sentiment cathartique dans la Battle Royale. Pour lui, travailleur social, le jeu lui permet de se centrer un peu sur lui. « Parfois, c’est agréable de ne prendre du temps que pour soit. Je jouais majoritairement à des jeux en ligne ou l’aspect d’équipe était primordial. Dans PUBG, je peux jouer pour moi, sans devoir conter sur les autres. Et si je gagne, c’est parce que j’ai été le meilleur. La victoire est plus forte quand on sait qu’on est le dernier à être rester en vie »

Derrière ces avis, on retrouve majoritairement un besoin de reconnaissance et de l’auto-satisfaction de la victoire.

Michael,  déplore cette glorification de la victoire coûte que coûte, pour lui, le média souffre suffisamment d’une réputation violente et égoïste. Pour lui, considérer le jeu-vidéo comme un simple défouloir n’est pas la solution. Il préfère pousser les joueurs à se pousser vers des créations vidéoludique avec un « fond plus travaillé ».

 

La Battle Royale divise une partie des joueurs, certains y trouvent la consécration du jeu multi-joueurs offrant la plus grande liberté jamais vu, d’autres sont plus critique concernant le genre, en particulier son accès aux plus jeunes joueurs.